L’anorgasmie, ne jamais atteindre l’orgasme, ou ne plus y parvenir, c’est une réalité que vivent entre 10 et 15 % des femmes selon les études disponibles, et que beaucoup portent seules pendant des années. Dans mon cabinet à Strasbourg, c’est l’un des motifs de consultation les plus fréquents en sexologie féminine, et souvent celui dont on parle le moins, y compris avec son partenaire. Formée au DU en Santé Sexuelle de l’Université Paris 5, je vais vous expliquer ici ce qu’est l’anorgasmie cliniquement, d’où elle vient, et ce que l’on peut y faire concrètement.
Qu’est-ce que l’anorgasmie ? Définition et sous-types
L’anorgasmie se définit comme l’impossibilité persistante d’atteindre l’orgasme, ou sa survenue très rare et insatisfaisante, malgré un désir sexuel présent et une excitation suffisante. Ce point est essentiel : une femme anorgasmique peut tout à fait ressentir du désir et du plaisir. Ce n’est pas l’absence de sensation, c’est l’absence de ce point culminant qui constitue le trouble.
On distingue plusieurs formes :
L’anorgasmie primaire (ou totale) : la femme n’a jamais atteint l’orgasme, ni seule, ni avec un partenaire. C’est la forme la plus rare, elle concerne environ 5 à 10 % des femmes.
L’anorgasmie secondaire (ou acquise) : l’orgasme était accessible à une période de la vie, puis a disparu. Un événement déclencheur est souvent identifiable, traumatisme, changement hormonal, dépression, évolution de la relation de couple.
L’anorgasmie situationnelle ou sélective : la femme peut atteindre l’orgasme seule, par masturbation, mais pas avec un partenaire, ou inversement. C’est de loin la forme la plus courante dans ma pratique à Lingolsheim.
Un point à clarifier : l’anorgasmie coïtale (absence d’orgasme lors de la pénétration seule) concerne entre 60 et 70 % des femmes selon les données disponibles, elle n’est pas un trouble en soi. La stimulation clitoridienne directe est indispensable à l’orgasme pour la majorité des femmes. Confondre anorgasmie coïtale et anorgasmie tout court génère une quantité considérable de souffrance inutile.
D’où vient l’anorgasmie ? Les causes les plus fréquentes
L’interférence cognitive — cause principale de la forme situationnelle
C’est le mécanisme que j’observe le plus souvent en consultation. Seule, la femme peut se détendre, contrôler le rythme, laisser venir les sensations. Avec un partenaire, le cerveau s’active sur autre chose : « est-ce que je prends trop de temps ? », « est-ce qu’il s’ennuie ? », « est-ce que j’ai l’air bizarre ? ». Cette surveillance mentale permanente court-circuite exactement ce que l’orgasme demandeun lâcher-prise. On appelle cela le spectatoring : la femme s’observe plutôt que de se laisser ressentir.
L’éducation sexuelle et les croyances héritées,
Ce que j’observe après 15 ans de pratique : beaucoup de femmes ont grandi avec l’idée implicite que leur plaisir est secondaire, voire qu’il n’est pas vraiment « leur affaire ». Certaines ont reçu des messages familiaux ou religieux très inhibants sur la sexualité. D’autres ont simplement appris que le plaisir féminin se résume à la pénétration, sans jamais avoir eu accès à une information précise sur le clitoris, sa taille réelle, son rôle central dans l’orgasme. Ces croyances ne sont pas anodines : elles organisent littéralement l’expérience du corps.
Les traumatismes sexuels
Agressions, abus, expériences sexuelles douloureuses ou non consenties, ces vécus peuvent créer une dissociation entre le corps et le plaisir. Le corps a appris à se couper des sensations comme mécanisme de protection. C’est une réponse adaptative, pas une défaillance. Mais elle nécessite un travail thérapeutique spécifique qui va bien au-delà de la sexologie au sens strict.
Les causes organiques et médicamenteuses
Certains antidépresseurs (notamment les ISRS), les contraceptifs hormonaux, une ménopause non traitée, une hypothyroïdie ou des problèmes périnéaux peuvent affecter la réponse orgasmique. Ce n’est pas systématique, mais c’est à évaluer, un bilan médical est parfois nécessaire en première intention. Mon rôle est d’identifier ce qui relève de mon champ d’intervention et de vous orienter quand ce n’est pas le cas.
La simulation — l’obstacle silencieux
Selon une enquête IFOP, 63 % des femmes ont simulé au moins une fois. La simulation n’est pas une tricherie, c’est une stratégie d’adaptation compréhensible pour éviter de blesser l’autre, abréger un rapport inconfortable, ou ne pas « prendre trop de temps ». Mais à long terme, elle construit un mur : le partenaire valide des gestes qui ne fonctionnent pas, la femme s’éloigne de ses sensations réelles, la frustration s’installe. Travailler sur l’anorgasmie passe souvent par là , apprendre à ne plus simuler sans que cela devienne un conflit.
Comment traite-t-on l’anorgasmie en sexologie ?
La focalisation sensorielle (sensate focus)
C’est l’approche de Masters et Johnson, et elle reste le socle du travail que je propose. Le principe : revenir aux sensations, sans objectif d’orgasme. On commence par des exercices d’exploration corporelle non génitale, seule d’abord, puis en couple si applicable, pour reconstruire un rapport au corps qui n’est plus sous pression de performance. L’objectif disparaît, et paradoxalement, c’est souvent à ce moment-là que les sensations reviennent.
Ce que j’observe régulièrement : la simple levée de l’injonction à jouir suffit parfois à libérer ce qui était bloqué. L' »obligation de réussite » est l’un des premiers obstacles à l’orgasme.
La masturbation dirigée
Cette approche, recommandée dans les guides cliniques internationaux, consiste à travailler d’abord seule, en explorant progressivement ce qui déclenche du plaisir, en apprenant à rester présente dans les sensations plutôt que de les surveiller. C’est une étape que j’accompagne par des exercices à faire entre les séances, avec un travail en parallèle sur les représentations que la femme a de son propre corps et de sa sexualité.
La thérapie systémique brève
Formée à l’approche de Giorgio Nardone (LACT), j’utilise cette méthode pour identifier les « solutions tentées » qui maintiennent le problème. Très souvent : forcer l’orgasme, se concentrer sur les sensations génitales de façon volontariste, éviter les situations sexuelles pour ne pas « rater ». Ces stratégies entretiennent exactement ce qu’elles cherchent à résoudre. On travaille à les interrompre.
L’hypnose ericksonienne
Pour les anorgasmies dont les racines sont plus profondes, dissociation corpo-psychique, traumatismes anciens, croyances très enracinées, l’hypnose ericksonienne est un complément précieux. L’état hypnotique permet un accès aux représentations inconscientes du corps et du plaisir, là où le travail cognitif seul trouve ses limites.
Durée du traitement
Pour les formes situationnelles et secondaires sans traumatisme sous-jacent : 6 à 12 séances produisent des résultats significatifs dans la grande majorité des cas. Les formes primaires ou associées à un vécu traumatique nécessitent généralement un accompagnement plus long, avec parfois un travail en psychothérapie en parallèle.
Ce que j’observe dans mon cabinet à Strasbourg
Une patiente récurrente : femme de 30 à 45 ans, en couple stable depuis plusieurs années, qui n’a jamais eu d’orgasme avec son partenaire, mais qui peut en avoir seule. Elle a simulé pendant des années, son partenaire ne sait rien, et elle vient consulter parce qu’elle « n’en peut plus du mensonge ». Le travail commence toujours au même endroit : comprendre que le problème n’est pas un défaut de son corps, mais une configuration relationnelle et cognitive qui s’est installée progressivement. Dès que cette compréhension s’opère, quelque chose se déplace.
Un second profil, moins visible : des femmes plus jeunes, souvent sans expérience de la masturbation, qui n’ont jamais eu d’orgasme de leur vie. Elles ne savent pas exactement ce qu’elles cherchent ni comment leur corps fonctionne. Ici, le travail est d’abord éducatif, restituer une anatomie précise, désacraliser l’exploration de soi, autoriser le plaisir comme quelque chose qui leur appartient. C’est souvent le travail le plus rapide à porter ses fruits, parce qu’il n’y a pas de blocage traumatique à dénouer.
FAQ — Questions fréquentes sur l’anorgasmie
Est-ce normal de ne jamais avoir d’orgasme pendant une pénétration ? Oui, tout à fait. Entre 60 et 70 % des femmes n’atteignent pas l’orgasme par la seule pénétration vaginale. Le clitoris, dont la majeure partie est interne, est l’organe central du plaisir féminin, et sa stimulation directe est nécessaire pour la majorité des femmes. L’anorgasmie coïtale isolée n’est pas un trouble clinique.
L’anorgasmie est-elle définitive ? Non, dans la grande majorité des cas. Même l’anorgasmie primaire, n’avoir jamais eu d’orgasme, se traite efficacement par la sexothérapie. La capacité orgasmique ne disparaît pas avec l’âge : des femmes en post-ménopause accèdent à l’orgasme pour la première fois après un accompagnement adapté.
Peut-on consulter seule, sans son partenaire ? Oui. Je reçois très souvent des femmes seules, au moins dans un premier temps. L’implication du partenaire peut être utile à certaines étapes du travail, notamment pour le sensate focus en couple, mais elle n’est pas nécessaire pour commencer. Beaucoup de femmes ont besoin d’un espace pour elles seules avant d’introduire leur partenaire dans le processus.
La simulation peut-elle empêcher d’avoir un orgasme à terme ? Pas mécaniquement, mais elle entretient les conditions qui le rendent difficile. En validant des stimulations qui ne fonctionnent pas et en maintenant une distance avec ses propres sensations, elle renforce l’interférence cognitive. Arrêter de simuler est souvent l’une des premières étapes thérapeutiques.
Les antidépresseurs peuvent-ils causer l’anorgasmie ? Oui. Certains ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) retardent ou suppriment l’orgasme chez une part significative des patients. Si l’anorgasmie est apparue après l’introduction d’un traitement médicamenteux, c’est un élément à signaler à votre médecin prescripteur, des ajustements sont souvent possibles.
L’anorgasmie peut-elle survenir après un accouchement ? Oui, et c’est sous-estimé. Les changements hormonaux du post-partum, la fatigue, les modifications du plancher pelvien, et la réorganisation de l’identité (devenir mère tout en restant femme à désirs propres) peuvent affecter la réponse orgasmique. Une rééducation périnéale et/ou un suivi sexologique permettent le plus souvent de retrouver une sexualité satisfaisante.
Est-ce que consulter un sexologue pour l’anorgasmie est remboursé ? Les consultations en sexologie ne sont pas prises en charge par l’Assurance Maladie, sauf si votre sexologue est également médecin ou gynécologue et que la consultation est codée comme telle. En tant que sexologue et psychothérapeute, mes consultations peuvent être partiellement remboursées par certaines mutuelles, renseignez-vous auprès de la vôtre.
Consulter pour anorgasmie à Strasbourg et Lingolsheim
Si vous vous reconnaissez dans cet article, la première étape est de savoir que vous n’avez pas un corps « défaillant », vous avez une configuration psycho-sexuelle qui s’est construite, et qui peut évoluer. L’anorgasmie peut parfois s’associer à d’autres difficultés comme une baisse de désir sexuel ou des tensions dans le couple : une consultation en sexologie permet d’évaluer l’ensemble.
Mon cabinet est situé au 18 rue du Souvenir, 67380 Lingolsheim, à 10 minutes du centre de Strasbourg. Je reçois du lundi au samedi de 9h à 19h, sur rendez-vous uniquement.
