Ne plus avoir envie, alors que ça venait naturellement avant, c’est l’un des motifs de consultation les plus fréquents dans mon cabinet de Lingolsheim, près de Strasbourg. Dans ma pratique, je dirais qu’environ une consultation sur trois en sexologie commence par cette phrase : « je n’ai plus de désir », et ce aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Dans cet article, j’explique ce qu’est le trouble du désir sexuel hypoactif (TDSH), ses causes les plus fréquentes, et les approches qui permettent, dans la grande majorité des cas, de retrouver une vie sexuelle satisfaisante. Formée au DU de Santé Sexuelle de l’Université Paris 5, j’aborde cette question à la fois sous l’angle physiologique et relationnel.

Noura Hincker, sexologue à Strasbourg, baisse de désir sexuel et distance dans le couple, cabinet à Lingolsheim

Qu’est-ce que la baisse de désir sexuel ?

La baisse de désir sexuel, ou trouble du désir sexuel hypoactif (TDSH), correspond à une diminution durable, voire une absence, des pensées, fantasmes et envies d’activité sexuelle, au point de générer une gêne pour la personne ou pour le couple. Ce n’est pas un simple « passage à vide » : on parle de TDSH lorsque la situation persiste depuis plusieurs mois et qu’elle est vécue comme un problème, et non comme un choix.

On distingue plusieurs formes. Le TDSH primaire concerne les personnes qui n’ont jamais connu de désir sexuel marqué, tandis que le TDSH secondaire ou acquis survient après une période de vie sexuelle satisfaisante. On parle aussi de désir généralisé, qui touche toutes les situations et tous les partenaires, ou de désir situationnel, qui ne disparaît que dans certains contextes, souvent révélateur d’un enjeu relationnel plutôt que purement physiologique.

Sur le plan épidémiologique, l’enquête « Contexte de la Sexualité en France » (INSERM/ANRS) a mis en évidence qu’une part importante des femmes et, dans une moindre mesure, des hommes traversent au moins une période prolongée de manque de désir au cours de leur vie. C’est donc un motif très répandu, mais encore peu abordé en consultation faute d’information claire sur les solutions disponibles.

D’où vient la baisse de désir sexuel ?

Les causes d’une baisse de libido sont presque toujours multifactorielles, mais certaines reviennent plus souvent que d’autres dans mon cabinet.

Le stress chronique et la charge mentale. C’est la cause la plus fréquente que je rencontre, en particulier chez les femmes qui cumulent vie professionnelle, charge domestique et parentalité. Le désir sexuel demande une forme de disponibilité mentale qui s’effondre en premier quand la charge mentale est trop élevée.

Les facteurs hormonaux. Ménopause, post-partum, contraception hormonale ou andropause modifient directement la production de testostérone et d’œstrogènes, deux hormones centrales dans la régulation de la libido. Un bilan médical est alors indispensable pour écarter ou confirmer cette piste.

Les facteurs relationnels. Conflits non résolus, manque de communication, routine installée depuis des années : le désir s’éteint souvent avant que le couple ne perçoive le problème comme un problème de couple.

Les traitements médicamenteux. Les antidépresseurs de la classe ISRS, certains traitements contre l’hypertension ou la contraception hormonale figurent parmi les causes médicamenteuses les plus documentées de baisse de désir.

Les facteurs psychologiques. Anxiété de performance, image de soi dégradée, antécédents de traumatisme sexuel ou simplement difficulté à se reconnecter à ses propres sensations corporelles.

Ce que j’observe après 15 ans de pratique, c’est que la plupart des patients arrivent en pensant qu’un seul facteur explique tout, souvent le couple, ou souvent les hormones, alors que dans la majorité des cas, deux ou trois de ces éléments se superposent et s’entretiennent mutuellement.

Comment traite-t-on la baisse de désir sexuel ?

La sexothérapie individuelle

C’est souvent le point d’entrée le plus pertinent quand la baisse de désir touche la relation que la personne a avec sa propre sexualité, image de soi, croyances limitantes, anxiété de performance. Formée à la thérapie brève systémique (Nardone/LACT), je privilégie une approche orientée solutions plutôt qu’une analyse exhaustive du passé : on travaille sur ce qui maintient le problème ici et maintenant. Dans la grande majorité des cas, mes patients ressentent une évolution dès les quatre à six premières séances, pour un accompagnement complet qui s’étale généralement sur huit à douze séances.

La thérapie de couple

Quand la baisse de désir est avant tout situationnelle, c’est-à-dire qu’elle concerne spécifiquement la relation avec le partenaire actuel, le travail en thérapie de couple est souvent plus efficace qu’une thérapie individuelle seule. On y reconstruit la communication autour de la sexualité, on identifie les non-dits accumulés, et on remet en mouvement l’intimité par étapes progressives plutôt que par injonction de désir.

L’hypnothérapie

L’hypnose ericksonienne permet de travailler directement sur les blocages d’origine inconsciente : anxiété de performance ancrée, image corporelle négative, ou conditionnement lié à une expérience passée. Par des suggestions thérapeutiques et un travail d’ancrage, on désamorce les automatismes mentaux qui parasitent le désir sans que la personne en ait toujours conscience. C’est une approche que j’intègre régulièrement dans le suivi sexologique, notamment quand le travail purement verbal a atteint ses limites.

Le bilan médical

Quand une cause hormonale ou médicamenteuse est suspectée, j’oriente systématiquement vers un médecin généraliste, un gynécologue ou un endocrinologue avant de poursuivre l’accompagnement psychothérapeutique. Les deux approches sont complémentaires et non concurrentes.

Ce que j’observe dans mon cabinet à Strasbourg

Une patiente d’une trentaine d’années est venue me consulter dix-huit mois après son accouchement, convaincue que son couple était en train de se dégrader parce qu’elle « n’avait plus envie ». Le travail a d’abord porté sur la charge mentale du post-partum, largement sous-estimée par son entourage, puis sur la reconnexion progressive à ses propres sensations corporelles, sans pression de performance. Le désir est revenu, mais différemment de l’avant-grossesse, et c’est cette différence, une fois nommée et acceptée, qui a permis au couple de sortir de l’impasse.

Un autre patient, cadre dans la quarantaine, attribuait sa baisse de libido à son couple, alors qu’elle coïncidait exactement avec le début d’un traitement antidépresseur prescrit pour un épisode de burn-out. Le simple fait d’identifier cette cause, en lien avec son médecin, a levé une grande partie de la culpabilité qu’il portait depuis des mois.

Questions fréquentes

La baisse de désir sexuel est-elle normale ? Une fluctuation du désir au fil de la vie est normale: fatigue passagère, période de stress, changements hormonaux. On parle de trouble quand cette baisse dure depuis plusieurs mois et qu’elle est vécue comme une gêne, pour soi ou pour le couple. Dans ce cas, il est pertinent d’en parler avec un professionnel plutôt que d’attendre que « ça revienne tout seul ».

Combien de temps pour retrouver sa libido ? Cela dépend largement de la ou des causes identifiées. Quand le facteur principal est psychologique ou relationnel, une évolution sensible est souvent perceptible après quatre à six séances. Quand une cause hormonale ou médicamenteuse est en jeu, le délai dépend aussi de l’ajustement médical mis en place en parallèle.

Faut-il consulter seul ou en couple pour une baisse de désir ? Les deux formats sont possibles et pas exclusifs : une consultation individuelle permet d’abord de clarifier ce qui appartient à la personne elle-même, avant d’éventuellement intégrer le partenaire dans un second temps. Si la baisse de désir est clairement liée à la dynamique du couple, démarrer directement par une consultation à deux a souvent plus de sens.

La baisse de libido peut-elle être liée à la pilule contraceptive ? Oui, certaines contraceptions hormonales peuvent diminuer la production de testostérone libre, ce qui impacte directement le désir chez certaines femmes. Si vous suspectez ce lien, en parler avec votre gynécologue pour envisager un changement de méthode est une première étape pertinente, en parallèle d’un accompagnement si la baisse persiste après ajustement.

Les antidépresseurs peuvent-ils causer une baisse de désir ? Oui, c’est un effet secondaire bien documenté de plusieurs classes d’antidépresseurs, en particulier les ISRS. Ce lien est souvent sous-estimé par les patients eux-mêmes, qui attribuent la baisse de désir à d’autres causes. Un ajustement avec le médecin prescripteur est à envisager, sans jamais arrêter un traitement de soi-même.

Quand consulter un sexologue pour une baisse de désir ? Dès que la situation dure depuis plusieurs mois et qu’elle génère de la gêne, de la culpabilité ou des tensions dans le couple, il est pertinent de consulter; il n’y a pas de seuil de gravité à atteindre avant. Plus tôt le sujet est abordé, plus le travail est rapide, car les croyances et les évitements ont moins eu le temps de s’installer.

L’hypnose peut-elle aider en cas de manque de désir sexuel ? Oui, particulièrement quand le blocage semble échapper au contrôle volontaire: anxiété de performance, image corporelle négative, conditionnement lié à une expérience passée. L’hypnose ericksonienne travaille directement sur ces automatismes inconscients, en complément d’un travail verbal classique en sexothérapie.

Pour aller plus loin

La baisse de désir sexuel n’est ni une fatalité ni un signe que le couple est condamné : dans la grande majorité des cas, elle se travaille, à condition d’en identifier précisément les causes. Si vous reconnaissez votre situation dans cet article, je vous reçois pour une consultation de sexologie à Strasbourg et Lingolsheim , en cabinet ou en visio pour toute la France.

Noura Hincker : Sexologue, hypnothérapeute et psychothérapeute 18 rue du Souvenir, 67380 Lingolsheim (10 min du centre de Strasbourg) Téléphone : 07 82 44 35 03 Prendre rendez-vous en ligne : crenolibre.fr